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Surliquidité en RDC : l’argent existe, c’est la preuve qui manque

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7 min de lecture

Cambiste de rue à Kinshasa, liasses de billets à la main, devant un stand de change informel.

Une commerçante de Kinshasa encaisse chaque jour des paiements par Mobile Money, règle ses fournisseurs, reconstitue son stock et fait vivre plusieurs familles. Son activité est réelle, régulière, rentable. Pourtant, lorsqu’elle pousse la porte d’une banque, la réponse reste souvent la même : son profil est jugé trop risqué.

L’explication avancée paraît rationnelle : les banques seraient suffisamment liquides, mais sans intérêt à financer des profils qu’elles ne savent pas évaluer. L’argument est en partie vrai. Il est surtout incomplet.

Car une banque peut être liquide sans disposer, pour autant, des ressources, des données et des mécanismes nécessaires pour financer l’économie à grande échelle.


Être liquide ne veut pas dire pouvoir financer le développement

La surliquidité est un concept relatif. Elle signifie qu’une banque détient davantage de ressources immédiatement disponibles qu’elle n’en emploie à un instant donné — pas que ces ressources sont assez stables, longues et abondantes pour financer des infrastructures, des chaînes industrielles ou des millions de petites entreprises.

Le constat est documenté. Dans l’émission Parlons Éco sur TV5MONDE, Henry Wazne, directeur général de Sofibanque, rappelait que 85 % des dépôts de sa banque sont des dépôts à vue, retirables à tout moment. Une banque ne peut engager sur dix ou quinze ans un argent que ses clients peuvent réclamer demain matin.

Les chiffres sectoriels prolongent ce diagnostic. Selon le Fonds monétaire international, le ratio dépôts/crédits du secteur bancaire congolais restait élevé à fin juin 2025, autour de 151 % — autrement dit, les dépôts y excèdent largement les crédits distribués. Toujours selon le FMI, le crédit au secteur privé demeure proche de 11 à 12 % du PIB, les dépôts sont presque entièrement libellés en devises et le crédit en francs congolais reste marginal.

Autrement dit : les liquidités existent dans le système, mais leur structure limite leur transformation en capital productif. Le problème congolais n’est ni une pénurie ni une véritable abondance — c’est une insuffisance de capitaux patients. La surliquidité affichée est donc réelle à court terme, mais trompeuse dès qu’il s’agit de financer le long terme.

Donnée transactionnelle
Des transactions qui racontent une solvabilité

Plusieurs années d’encaissements mobiles réguliers peuvent dessiner un profil de remboursement là où le bilan comptable fait défaut.


Le « profil risqué » est souvent un profil non documenté

Les banques ont raison sur un point : elles ne peuvent pas financer à l’aveugle des opérateurs dont elles ignorent les revenus, les engagements et la capacité de remboursement. L’erreur commence lorsqu’on confond absence de documentation et absence de solvabilité.

Un commerçant peut générer un chiffre d’affaires quotidien, payer ses fournisseurs, soutenir plusieurs emplois et honorer ses obligations pendant des années sans jamais produire un bilan certifié. Pour la banque, son activité reste pourtant presque invisible : la valeur existe, mais elle n’est pas enregistrée dans un format que les systèmes financiers savent interpréter.

L’opérateur est alors rangé parmi les profils à éviter, non parce que sa défaillance a été démontrée, mais parce que son comportement économique n’a jamais été correctement observé.

Un risque non mesuré n’est pas automatiquement un mauvais risque. Mais, faute de données, il reste impossible à tarifer, à garantir et à financer de manière responsable.


Aucune banque ne peut suivre à la main des millions de petits clients

Henry Wazne pointe une contrainte rarement explicitée : les banques n’ont pas les ressources humaines pour suivre individuellement une multitude de petits entrepreneurs. Or le coût d’un crédit ne se limite pas au capital prêté — il inclut l’identification du client, le KYC, l’analyse du dossier, les visites de terrain, le contrôle des flux, le suivi des échéances, la conformité et le recouvrement.

Quand le montant prêté est faible, ces coûts fixes absorbent une part disproportionnée de la marge. Demander aux banques de financer massivement l’informel sans transformer leur infrastructure d’acquisition et d’analyse revient à leur proposer un modèle économiquement intenable. La réponse n’est pas de les forcer à prendre plus de risque, mais de réduire le coût et l’incertitude attachés à ce risque. C’est là que la donnée devient stratégique.

Une banque peut être parfaitement liquide sans pour autant irriguer l’économie réelle. Le verrou congolais n’est pas le volume d’argent disponible, mais le manque de preuves exploitables permettant de reconnaître les acteurs déjà à l’œuvre. C’est cette distance que Givz Store cherche à réduire, prudemment et aux côtés des institutions habilitées.

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Hergé MOMBO

CEO & Co-fondateur, Givz Store LLC

La prochaine frontière bancaire se trouve hors des agences

Cet enjeu de coût n’est pas marginal : il conditionne l’accès à un marché immense. Une large part de l’économie congolaise fonctionne encore hors des circuits bancaires. Dans le même entretien, Henry Wazne estime que près de 75 % de l’activité relève de l’informel et que moins de 10 % de la population détient un compte bancaire.

Les estimations varient toutefois selon les définitions retenues : selon des propos du gouverneur de la Banque centrale du Congo rapportés en avril 2026, l’inclusion financière approcherait 58 %, portée par le mobile money, tandis que la bancarisation se situerait entre 25 et 30 %. Cette divergence même illustre le déficit de profondeur et d’harmonisation des données disponibles.

Une chose est sûre : des dizaines de millions de Congolais utilisent déjà de l’argent, épargnent, achètent, vendent et transfèrent des fonds sans entretenir une relation bancaire assez profonde pour accéder au crédit productif. Le prochain marché ne se trouve donc pas seulement dans l’ouverture d’agences, mais dans la capacité à transformer ces gestes quotidiens en historiques financiers exploitables.

Marché
L’informel n’est pas qu’un enjeu social

C’est la prochaine frontière commerciale des banques : un marché étroit finit toujours par plafonner dépôts, crédit et commissions.


Les capitaux internationaux cherchent des preuves, pas des intentions

On entend souvent que les banques congolaises pourraient mobiliser davantage de ressources auprès des bailleurs si elles disposaient de meilleures données environnementales, sociales et de gouvernance. L’idée est juste, mais elle mérite d’être précisée.

Les bailleurs ne financent pas une banque parce qu’elle annonce vouloir servir les non-bancarisés. Ils recherchent des dispositifs capables d’identifier les bénéficiaires, de contrôler l’usage des fonds, de mesurer les résultats et de gérer les risques. En mars 2026, une opération de 265 millions de dollars a été mobilisée autour de Rawbank, réunissant notamment IFC, Proparco, British International Investment, l’eco.business Fund et le Fonds de l’OPEP. Elle le montre concrètement : les capitaux s’intéressent bien aux segments moins servis, à condition de trouver un dispositif crédible de sélection, de contrôle et de mesure.

La donnée ESG peut renforcer l’attractivité d’un portefeuille, mais elle ne remplace pas la donnée de crédit. Une entreprise peut produire un impact social remarquable et rester incapable de rembourser ; à l’inverse, une activité rentable peut porter des risques incompatibles avec les exigences d’un bailleur. Pour mobiliser durablement des capitaux, il faudrait réunir les deux : preuve de solvabilité et preuve d’impact.


Rendre le risque lisible avant de vouloir le financer

La priorité n’est pas de distribuer immédiatement plus de crédit. Une distribution accélérée sans données solides ne produirait pas de l’inclusion, mais des défauts, du surendettement et une nouvelle justification du retrait des banques.

Il faudrait plutôt commencer plus bas dans la chaîne : identifier les opérateurs, obtenir leur consentement, structurer leurs transactions, observer la régularité de leur activité, mesurer leurs flux et construire progressivement un historique. À partir de là, chaque institution pourrait définir ses propres critères de préqualification. Un score ne devrait jamais être présenté comme une décision automatique de crédit, mais comme un signal supplémentaire, soumis aux règles de risque et de conformité de chacune.


La perspective de Givz Store

Chez Givz Store, nous pensons que l’inclusion financière commencera moins par l’ouverture d’un compte que par la création d’une histoire économique vérifiable. Nous explorons, à travers une approche WhatsApp-first, des manières de transformer progressivement des activités commerciales aujourd’hui dispersées en données consenties et exploitables.

Notre rôle resterait situé en amont : faciliter l’acquisition, structurer l’information, améliorer la traçabilité et contribuer à réduire le coût de suivi des opérateurs du dernier kilomètre. Les partenaires habilités — banques, institutions de microfinance, autorités — conserveraient la responsabilité du KYC réglementaire, de la politique de risque, de la tarification et de la décision de financement. Cette approche devra être expérimentée avec prudence, sur des cohortes limitées et dans des cadres de coopération clairement définis.


En conclusion

Henry Wazne avance un dernier chiffre frappant : l’Afrique représenterait moins de 1 % des flux financiers mondiaux. Quelle que soit la méthode de calcul retenue, le message est difficile à contester. Dans ce contexte, célébrer la surliquidité d’une banque sans interroger la faiblesse du crédit à l’économie revient à confondre prudence et performance.

La liquidité protège une banque ; elle ne transforme pas, à elle seule, un pays. Le défi de la RDC n’est pas l’absence d’activité économique : c’est l’absence de preuves structurées permettant au capital de la reconnaître.

L’argent existe. Le marché existe. Ce qui manque encore, c’est l’infrastructure de confiance capable de les relier.


Sources et références


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