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Les banques congolaises ont l’argent. Pas les preuves.

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Des liasses de billets empilées : la liquidité existe, mais elle reste immobile.

Une commerçante de Kinshasa encaisse chaque jour des paiements par Mobile Money, règle ses fournisseurs, reconstitue son stock. Son activité est réelle, régulière, rentable. À la banque, elle tient pourtant en trois mots : profil trop risqué.

L’explication paraît imparable : les banques seraient déjà assez liquides pour ne pas courir après des profils qu’elles ne savent pas évaluer. Vrai en partie. Trompeur sur l’essentiel — une banque peut déborder de dépôts et rester structurellement incapable de financer l’économie.


Être liquide, ce n’est pas pouvoir financer

La surliquidité est un état relatif : à un instant donné, une banque détient plus de ressources disponibles qu’elle n’en emploie. Cela ne dit rien de leur stabilité — donc rien de sa capacité à financer des infrastructures ou des millions de petites entreprises.

Henry Wazne, directeur général de Sofibanque, le rappelait sur TV5MONDE : 85 % des dépôts de sa banque sont des dépôts à vue, retirables du jour au lendemain. Aucune banque n’engage sur quinze ans un argent que ses clients peuvent réclamer demain matin. Le FMI confirme à l’échelle du secteur : à fin juin 2025, le ratio dépôts/crédits atteignait 151 %. Le crédit au secteur privé, lui, plafonne autour de 11 à 12 % du PIB, presque entièrement en devises.

Les liquidités existent. C’est leur structure qui interdit de les transformer en capital productif.

Donnée transactionnelle
Des transactions qui racontent une solvabilité

Des années d’encaissements réguliers, de paiements fournisseurs et de rotations de stock dessinent un profil de solvabilité. Encore faut-il un format que les systèmes financiers sachent lire.


Un « profil risqué » est le plus souvent un profil jamais observé

Les banques ont raison sur un point : on ne prête pas à l’aveugle. L’erreur commence quand on confond absence de documentation et absence de solvabilité.

Un commerçant peut réaliser un chiffre d’affaires quotidien, payer ses fournisseurs et tenir ses engagements pendant des années sans jamais produire un bilan certifié. Pour la banque, cette activité reste invisible : la valeur existe, mais aucun format lisible ne l’enregistre. L’opérateur bascule alors du côté des dossiers à éviter — non parce que sa défaillance a été constatée, mais parce que son comportement n’a jamais été mesuré.

Un risque non mesuré n’est pas un mauvais risque. C’est un risque que personne ne peut tarifer, garantir, ni financer de manière responsable.


Aucune banque ne suivra à la main des millions de petits clients

Henry Wazne pointe une contrainte rarement dite : les banques n’ont pas les équipes pour suivre individuellement une multitude de petits entrepreneurs. Le coût d’un crédit ne se limite pas au capital prêté — il inclut le KYC, l’analyse du dossier, le suivi des échéances et le recouvrement. Sur de petits montants, ces coûts fixes dévorent la marge. Financer massivement l’informel sans transformer l’infrastructure d’acquisition, c’est proposer un modèle qui perd de l’argent à chaque dossier. La réponse n’est pas d’accepter plus de risque : c’est d’en réduire le coût et l’incertitude.

LE MOT DU CEO

Une banque peut être parfaitement liquide sans irriguer l’économie réelle. Le verrou congolais n’est pas le volume d’argent disponible : c’est l’absence de preuves exploitables sur les acteurs déjà à l’œuvre. Tant que cette distance ne sera pas réduite, le capital continuera de tourner autour du marché sans y entrer.

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Hergé MOMBO

CEO & Co-fondateur, Givz Store LLC

La prochaine frontière bancaire n’est pas une agence de plus

Cet enjeu de coût commande l’accès à un marché immense. Henry Wazne estime que près de 75 % de l’activité congolaise relève de l’informel et que moins de 10 % de la population détient un compte bancaire. Le gouverneur de la Banque centrale du Congo, cité en avril 2026, situe plutôt l’inclusion financière autour de 58 % — portée par le mobile money — pour une bancarisation de 25 à 30 % seulement. L’écart entre ces chiffres dit déjà quelque chose : le pays manque de données fiables sur lui-même.

Un point ne fait pourtant pas débat : des dizaines de millions de Congolais épargnent et transfèrent déjà de l’argent, sans relation bancaire assez profonde pour accéder au crédit productif. Le prochain marché ne s’ouvrira pas en inaugurant des agences, mais en transformant ces gestes quotidiens en historiques exploitables.

Marché
L’informel n’est pas qu’un enjeu social

C’est la prochaine frontière commerciale des banques : des dizaines de millions d’acteurs économiques réels, aujourd’hui hors de portée du crédit productif.


Les capitaux internationaux financent des preuves, pas des intentions

Avec de meilleures données ESG, les banques congolaises mobiliseraient davantage de ressources auprès des bailleurs. Vrai — mais incomplet. Aucun bailleur ne finance une banque qui déclare vouloir servir les non-bancarisés : il finance un dispositif capable d’identifier les bénéficiaires, de contrôler l’usage des fonds et de mesurer les résultats.

L’opération de 265 millions de dollars mobilisée en mars 2026 autour de Rawbank — avec IFC, Proparco, British International Investment, l’eco.business Fund et le Fonds de l’OPEP — le prouve : le capital s’intéresse bien aux segments mal servis, dès qu’il trouve un dispositif crédible. La donnée ESG rend un portefeuille attractif ; elle ne remplace pas la donnée de crédit. Il faut les deux : preuve de solvabilité et preuve d’impact.


Rendre le risque lisible avant de vouloir le financer

La priorité n’est pas de distribuer plus de crédit tout de suite. Accélérer sans données solides ne produirait pas de l’inclusion, mais des défauts et du surendettement. Il faut commencer plus bas dans la chaîne : identifier les opérateurs, obtenir leur consentement, construire progressivement un historique. Et poser une limite claire — un score n’est jamais une décision de crédit, seulement un signal de plus, soumis aux règles de chaque institution.


La perspective de Givz Store

Chez Givz Store, nous pensons que l’inclusion financière commencera moins par l’ouverture d’un compte que par la construction d’une histoire économique vérifiable. Nous explorons, à travers une approche WhatsApp-first, des manières de transformer des activités dispersées en données consenties et exploitables.

Notre rôle resterait en amont : faciliter l’acquisition et réduire le coût de suivi des opérateurs du dernier kilomètre. Les partenaires habilités — banques, microfinance, autorités — garderaient la responsabilité du KYC, du risque et de la décision de financement, à travers des pilotes limités et mesurables.


En conclusion

Un dernier chiffre : l’Afrique représenterait moins de 1 % des flux financiers mondiaux (Henry Wazne). Célébrer la surliquidité d’une banque sans interroger la faiblesse du crédit, c’est confondre prudence et performance. La liquidité protège une banque ; elle ne transforme pas un pays.

L’argent existe. Le marché existe. Ce qui manque encore, c’est l’infrastructure de preuve capable de les relier.


Sources et références
  • TV5MONDE — Parlons Éco, entretien avec Henry Wazne (Sofibanque)

  • Fonds monétaire international — RDC, Country Report 2026

  • Actualité.cd — Inclusion financière et bancarisation en RDC

  • IFC — Financement majeur mobilisé autour de Rawbank


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