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Open banking en RDC : après les rails du paiement, le défi de la donnée

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5 min de lecture

Commerçante d’un marché africain utilisant un téléphone mobile pour ses paiements, illustrant le Mobile Money et l’inclusion financière en RDC.

Chaque jour, une commerçante de Kinshasa encaisse des paiements par Mobile Money, règle ses fournisseurs et renouvelle son stock. Son activité est réelle. Mais quand elle demande un financement, son dossier reste souvent vide : pas de relevés bancaires, pas d’historique de crédit, des transactions éparpillées entre plusieurs portefeuilles mobiles.

Le problème n’est pas l’absence de revenus. C’est l’absence de preuves — vérifiables, transportables, exploitables par une institution financière.

C’est exactement ce que l’open banking pourrait changer. Pas en distribuant du crédit lui-même, mais en organisant l’accès, avec l’autorisation du client, à des données financières aujourd’hui enfermées dans des systèmes qui ne se parlent pas.


Open banking, en une phrase

Un client autorise un acteur agréé — fintech, banque, institution de microfinance — à accéder à certaines de ses données financières via des interfaces sécurisées (API) : solde, historique de transactions ou, plus loin, l’initiation directe d’un paiement. Ce n’est pas l’ouverture publique des bases bancaires. C’est un accès limité, consenti et traçable, réservé à des acteurs identifiés.

En RDC, la confusion la plus fréquente consiste à assimiler l’open banking à l’interopérabilité des services financiers — le fait, par exemple, d’envoyer instantanément de l’argent d’un portefeuille Mobile Money vers un compte bancaire. Ce n’est pas la même chose. Cette interopérabilité fait circuler l’argent entre systèmes ; elle ne donne pas accès, avec le consentement du client, aux données qui permettraient d’analyser ce qu’il gagne, dépense ou rembourse. Le Switch Monétique National répond à la première logique. L’open banking répond à la seconde.

Mobile Money
Des transactions qui racontent une activité

Plusieurs années d’encaissements mobiles peuvent dessiner un profil financier là où les relevés bancaires manquent.


Pourquoi la RDC a plus à y gagner que l’Europe

En Europe, l’open banking a surtout servi à faire jouer la concurrence entre banques déjà établies. En RDC, l’enjeu est plus fondamental : rendre visibles des millions de personnes et d’entreprises qui génèrent déjà des flux économiques réels, mais que le système financier classique ne sait pas lire. Le Nigeria, benchmark africain le plus abouti, voit sa banque centrale publier ses premières lignes directrices dès 2023.

Un commerçant sans crédit bancaire peut avoir des années de transactions Mobile Money. Analyser la régularité de ses encaissements ou la stabilité de sa trésorerie ne remplace pas une analyse de crédit — mais cela peut réduire l’asymétrie d’information qui pousse aujourd’hui certains prêteurs à refuser un dossier ou à tarifer le risque à l’excès. Moins de paperasse manuelle, ce sont aussi des petits crédits qui redeviennent rentables à traiter.

En RDC, l’open banking ne devrait pas seulement ouvrir les banques. Il devrait relier les différents endroits où se construit déjà la vie financière des Congolais.


Une base numérique massive, mais encore superficielle

Fin 2025, la RDC comptait environ 74 millions d’abonnements mobiles et 34 millions d’abonnements Mobile Money — des lignes actives, pas des personnes uniques (ARPTC). Cette adoption a fait progresser l’inclusion financière, mais posséder un portefeuille mobile ne veut pas dire accéder à une épargne rémunérée, une assurance ou un crédit productif. Le pays a construit les rails du paiement. Restent à construire les rails de la donnée.

Infrastructure
Après les rails du paiement, les rails de la donnée

Faire circuler un paiement et donner accès à un historique transactionnel sont deux choses différentes : l’open banking suppose une véritable interopérabilité des données.

LE MOT DU CEO

La RDC ne manque pas d’activité économique. Elle manque encore d’infrastructures capables de rendre cette activité lisible, portable et utile aux décisions financières. L’open banking pourrait contribuer à réduire cette distance — à condition que la technologie ne précède ni la confiance, ni la réglementation, ni la protection des utilisateurs.

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Hergé MOMBO

CEO & Co-fondateur, Givz Store LLC

Ce qui existe déjà, ce qui manque encore

La RDC ne part pas de zéro : le Switch Monétique National avance l’interopérabilité des paiements sous l’Instruction n° 58 de la Banque Centrale du Congo, la carte Mosolo et l’identité numérique RDC-PASS, lancée en juin 2026, posent des briques utiles, et le Code du numérique de 2023 encadre déjà les données personnelles. Mais faire circuler un paiement et donner accès à un historique transactionnel restent deux choses différentes.

Pour qu’un écosystème d’open banking fonctionne, il faudrait encore clarifier qui peut accéder à quelles données et sous quelles conditions, imposer des standards d’API communs, construire une véritable architecture de consentement — révocable et compréhensible, pas une case cochée — et fixer, avant tout déploiement, qui est responsable en cas de fraude ou de fuite de données.


L’open banking ne résoudra pas, seul, le problème du crédit

C’est le principal malentendu autour du sujet. Des données plus accessibles améliorent l’évaluation du risque ; elles ne fournissent ni les capitaux à prêter, ni les garanties, ni les mécanismes de recouvrement. Il faut aussi se méfier du scoring automatisé : peu de données numériques ne signifie pas « risqué », une activité saisonnière n’est pas une instabilité. Le vrai danger serait de remplacer l’absence de score par un mauvais score, construit sur des données incomplètes ou biaisées.

Opportunité
Un modèle mobile-money-first

Là où la donnée financière naît autant dans le Mobile Money que dans les banques, la RDC pourrait construire un modèle adapté à son économie.

La RDC pourrait construire un modèle différent de celui des économies occidentales : mobile-money-first, plutôt que banques-first. Cela suppose que le sujet ne reste pas une discussion technique entre banques — opérateurs télécoms, institutions de microfinance, fintechs et autorités de protection des données ont, eux aussi, leur place à la table.


Les risques à garder en tête

Plus de données transactionnelles en circulation, c’est aussi plus de vie privée exposée, une surface de cybersécurité élargie, un risque de crédit prédateur envers les plus vulnérables, et un risque d’exclusion pour qui n’a ni smartphone récent ni connexion rapide — les parcours USSD et les réseaux d’agents devront rester dans l’équation. Et si l’accès aux interfaces se concentre entre quelques grands acteurs, l’open banking pourrait recréer les monopoles qu’il est censé défaire.


La perspective de Givz Store

Chez Givz Store, nous partons d’un constat simple : une grande partie de l’activité économique existe déjà, mais reste difficile à documenter pour les systèmes financiers classiques. Nous explorons comment les interactions du dernier kilomètre pourraient être structurées, avec le consentement des utilisateurs, pour produire des profils plus lisibles et des signaux utiles aux partenaires habilités — sans remplacer les banques, les institutions de microfinance ou les régulateurs.

Publier une thèse ne revient pas à exposer les mécanismes qui la rendent possible : nos travaux resteront testés au sein de pilotes limités, mesurables, construits avec les acteurs habilités.


En conclusion

La RDC a construit les rails du paiement : Switch Monétique, Mosolo, Mobile Money, RDC-PASS. Il lui reste à construire les rails de la donnée : standards, consentement, responsabilités, protection des utilisateurs.

L’enjeu n’est pas de lancer une nouvelle application. C’est de permettre à une activité économique déjà bien réelle de devenir, enfin, une identité financière reconnue — sans que l’inclusion ne se transforme en surveillance.


Sources et références


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