
Fin du dollar liquide en RDC : le pari d’André Wameso peut-il tenir en douze mois ?
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Le 9 avril 2026, le gouverneur de la Banque Centrale du Congo, André Wameso, a fixé une échéance : à compter du 9 avril 2027, plus aucune transaction en espèces ne pourra s’effectuer en monnaies étrangères. Les comptes en devises resteront ouverts, mais les règlements en dollars ou en euros devront passer par des instruments scripturaux — virement, carte, Mobile Money.
Un an pour faire reculer le dollar liquide dans l’un des pays les plus dollarisés du continent. Le pari est audacieux, sans doute nécessaire. Mais entre une décision réglementaire et un changement réel des comportements s’étend un territoire immense : le dernier kilomètre.
Ce que la BCC veut vraiment supprimer
La BCC ne supprime pas le liquide. Elle vise les paiements en espèces en devises étrangères — surtout le dollar, omniprésent dans les échanges quotidiens. Le franc congolais continuera de circuler en billets et les comptes en dollars resteront possibles. Ce que la Banque cherche à réduire, c’est la circulation anonyme de devises hors des circuits traçables.
L’enjeu est structurel : selon le FMI, la dollarisation des dépôts comme des crédits dépasse encore 90 %. Derrière la mesure, il y a la souveraineté monétaire, la stabilité du franc, la lutte contre le blanchiment et la qualité des statistiques économiques.
Une stratégie plus cohérente qu’il n’y paraît
L’interdiction n’est pas isolée. En avril 2026, la BCC a signé un protocole avec Visa pour renforcer les infrastructures de paiement. En mai, elle a lancé le module B-Match de Bloomberg FXGO afin d’asseoir le taux de change sur des transactions interbancaires réelles. En juillet, elle a rappelé aux bureaux de change et à la COPCAM deux obligations : vérifier l’identité du client et remettre un bordereau documentant devise, montant et taux.
Une même logique relie ces mesures : faire passer le marché des changes d’une économie de circulation à une économie de traçabilité.
Le dollar liquide est accepté presque partout, sans réseau, sans batterie et sans plafond. Coûteux et risqué, il fonctionne — et on ne le remplace pas par une injonction, mais par une infrastructure plus utile.
Le risque d’une réforme contournée
La BCC peut interdire les paiements en devises. Elle ne peut pas supprimer par circulaire les raisons qui poussent à les utiliser. Si le numérique reste plus cher, plus lent ou moins fiable que le cash, une partie des transactions se déplacera vers des circuits informels, des règlements fractionnés ou un franc dont le prix reste indexé sur le dollar. L’interdiction ne ferait pas disparaître la dollarisation : elle la rendrait moins visible.
Trois leçons internationales
Nigeria. le remplacement accéléré de billets en 2022-2023 a provoqué, faute de nouvelles coupures disponibles, une pénurie qui a pénalisé l’activité — la Banque mondiale l’a documenté. Quand l’alternative numérique n’est pas prête, la contrainte crée une pénurie, pas l’adoption.
Inde. la démonétisation de 2016 a perturbé le commerce et l’informel. La vraie bascule est venue plus tard, des rails : identité numérique, comptes accessibles et surtout l’UPI, qui traite aujourd’hui plus de 15 milliards de transactions par mois.
Kenya. M-Pesa ne s’est pas imposé par interdiction, mais par l’usage : un service simple sur téléphone ordinaire et un réseau dense d’agents de proximité. Le pays n’a pas demandé d’abandonner le cash ; il a donné une raison d’utiliser autre chose.
Douze mois suffiront-ils ?
Pas totalement, dans les conditions actuelles. La BCC peut réussir l’entrée en vigueur juridique et faire reculer le dollar physique dans les secteurs structurés — banques, grandes entreprises, administrations. Mais éradiquer en un an son usage dans les marchés, les transports et les chaînes d’approvisionnement informelles serait irréaliste. La date est un accélérateur, pas une ligne d’arrivée.
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LE MOT DU CEO
La BCC a raison de vouloir rendre les flux plus lisibles. Mais la conformité ne prendra racine que si elle produit une valeur visible pour l’utilisateur. Identifier une transaction sert l’autorité ; la transformer en historique économique peut servir le citoyen — et c’est à cette intersection que se construit une inclusion financière plus profonde.

Hergé MOMBO
CEO & Co-fondateur, Givz Store LLC
Le maillon manquant : le dernier kilomètre
La BCC construit les règles. Les banques et les opérateurs de Mobile Money construisent les paiements. Reste à relier ces infrastructures à l’endroit où l’économie congolaise fonctionne vraiment : les cambistes, les marchés, les petits commerçants, les distributeurs et les microentreprises.
C’est le territoire de Givz Store : une infrastructure conversationnelle et comportementale qui transforme les interactions du dernier kilomètre en données structurées, identité financière et signaux décisionnels, en s’appuyant sur WhatsApp et des canaux partenaires. Son rôle ne serait pas de remplacer la Banque Centrale ou les banques, mais de fournir une couche d’exécution entre la règle et l’usage.
Guider l’identification et le consentement, générer le bordereau numérique, orienter vers un paiement habilité et conserver un historique exploitable : chaque opération formalisée peut devenir un signal.
Comment Givz Store pourrait contribuer
À travers son dispositif Digital Operator, Givz Store pourrait accompagner la transformation progressive des bureaux de change et opérateurs de proximité en agents numériques structurés. Un parcours adapté permettrait notamment de :
guider l’identification et le consentement du client ;
générer une trace numérique de la transaction et son bordereau ;
orienter le client vers des moyens de paiement habilités ;
conserver un historique exploitable pour la conformité et l’audit ;
produire des indicateurs agrégés sur les usages, les volumes et les zones d’activité.
Les paiements, le change et le crédit resteraient exécutés par les institutions habilitées ; Givz Store organiserait les parcours, la donnée et les signaux. Cette séparation des rôles est essentielle : la digitalisation ne doit pas créer une zone grise, mais rendre les responsabilités plus claires.
Du bordereau à l’identité financière
L’identification exigée par la BCC n’est pas qu’une formalité. Bien encadrée, elle pourrait devenir le premier point d’entrée vers une identité financière. Un opérateur qui change des devises, encaisse et règle ses fournisseurs produit déjà des informations sur son activité — aujourd’hui dispersées. Demain, avec son consentement, elles pourraient aider une banque ou une IMF à mieux comprendre sa régularité et ses besoins. Le bordereau ne serait plus seulement une preuve de change : il deviendrait une brique d’historique économique vérifiable.
Commencer par une preuve
La contribution la plus crédible ne serait pas de promettre une couverture nationale, mais de tester. Avec la BCC, des institutions financières et quelques bureaux de change agréés, un pilote de 90 jours sur une zone déterminée pourrait mesurer le taux d’identification des clients, la part des transactions orientées vers le numérique, le coût réel de la conformité et l’intérêt des données pour les partenaires — avant toute généralisation.
En conclusion
Le pari d’André Wameso n’est pas fou parce qu’il vise trop haut ; il est risqué parce que son calendrier peut avancer plus vite que les infrastructures, les usages et la confiance. Le Nigeria rappelle qu’une transition brutale désorganise. L’Inde montre que la digitalisation durable tient aux rails. Le Kenya prouve que l’adoption vient quand la technologie résout un problème mieux que le cash.
La RDC ne devrait donc pas chercher à devenir « cashless » par décret, mais à devenir progressivement less cash par utilité. Le vrai enjeu n’est pas la fin du cash : c’est la naissance d’une économie où chaque transaction formalisée peut enfin devenir une preuve — lisible et exploitable par les acteurs habilités.
Sources et références
Banque Centrale du Congo — Communiqué du Comité de politique monétaire, 9 avril 2026.
Banque Centrale du Congo — Partenariat stratégique avec Visa, avril 2026.
Agence congolaise de presse — Lancement de Bloomberg FXGO, mai 2026.
Radio Okapi — Identification obligatoire des clients auprès des cambistes, 15 juillet 2026.
Fonds monétaire international — Rapport sur la République démocratique du Congo, 2026.
Banque mondiale — Nigeria Development Update, juin 2023.
Banque des règlements internationaux — Leçons de l’Unified Payments Interface (Inde).
Banque mondiale — Développement et adoption de M-Pesa au Kenya.
Explorer un pilote encadré
Vous représentez une institution financière, un bureau de change agréé, un opérateur de paiement, une organisation professionnelle ou une autorité souhaitant tester un dispositif mesurable de traçabilité et de digitalisation du dernier kilomètre ?

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